Les Justes parmi les Nations


Les sauveurs de Juifs traqués par les nazis en Europe défient toute tentative de dénombrement. Ils ont agi dans la clandestinité, c'est l'évidence, s'exposant à des risques majeurs, mais aussi avec un insigne désintéressement. Une partie cependant des sauveurs est sortie de l'anonymat. Il s'agit de ceux que des témoignages de Juifs sauvés ont mis en lumière, souhaitant leur exprimer leur gratitude avec un certain éclat.

Autodafé dans la nuit du 10 mai 1933.
Yad Vashem, à Jérusalem : la chambre de la mémoire. ©Yad Vashem
 

C'est alors que Yad Vashem, mémorial israélien de la Shoah créé à Jérusalem et régi par une loi promulguée à la Knesset (Parlement israëlien) en 1953 a reçu la mission de rendre hommage au nom du peuple juif à ces sauveurs, promus Justes parmi les Nations lorsqu'ils sont identifiés.

  1899, César et Aristides ont 14 ans.
Yad Vashem, à Jérusalem : la chambre de la mémoire. ©Yad Vashem

Le titre de Juste est décerné par une Commission à partir des témoignages qui lui sont soumis, ceci depuis l'année 1964. En France, une association de bénévoles, le Comité Français pour Yad Vashem, œuvre pour promouvoir des témoignages et faire honorer les Justes. Chaque Juste (ou ses ayants droit) reçoit une médaille commémorative frappée à son nom et un diplôme ; plusieurs ont planté un arbre, symbole de vie, à Jérusalem au mémorial Yad Vashem. Le nom des Justes de France est gravé sur le Mur des Justes, inauguré à Paris le 14 juin 2006 sur une façade extérieure du Mémorial de la Shoah. Il l'est également à Yad Vashem à Jérusalem, sur un Mur d'Honneur disposé en plusieurs « cours » selon les pays où fut réalisé le sauvetage, de même que tous les Justes identifiés à travers le monde.

Ils sont 22 765, ressortissants de 44 pays, parmi lesquels 2 991 ont été recensés en France, chiffres arrêtés au 1er janvier 2009. Le Président de la République Jacques Chirac, a proclamé les Justes connus et inconnus « GRANDS HOMMES » en dévoilant dans la crypte du Panthéon le 18 janvier 2007 une plaque leur décernant l'hommage de « LA PATRIE RECONNAISSANTE ».

Un écrivain italien, Gabrielle Nissim, a donné à la Commission de Jérusalem le surnom somptueux de Tribunal du Bien, tandis que Yad Vashem a édité un grand lexique illustré des Justes en plus de dix volumes.

Aristides de Sousa Mendes, Juste parmi les Nations

Chaque fois qu'un pays est plongé dans un bain de violence génocidaire, les diplomates en poste sur place sont confrontés avec des responsabilités qui n'ont jamais été évoquées dans le cours de leur formation professionnelle. À chacun d'entre eux de décider s'il y a lieu de réagir, et éventuellement comment. Une séquence d'un film documentaire (encore inédit) montre une jeune rwandaise (tutsi) interpellant un diplomate : « Des exactions racistes se sont généralisées dans la capitale et le pays où vous servez. Que faîtes-vous ? » En 1914-1915, l'ambassadeur américain auprès de la Sublime Porte, Henry Morgenthau, harcelait Washington et le gouvernement de l'Empire Ottoman d'avertissements pour tenter de prévenir, puis de freiner et faire stopper le génocide commis contre les Arméniens. Talaat Pacha, Ministre de l'Intérieur à Constantinople, avait demandé à Morgenthau : « Pourquoi vous intéressez-vous aux Arméniens ? Vous êtes juif et ces gens sont chrétiens ! – Vous ne semblez pas comprendre, avait répliqué l'ambassadeur, que je ne suis pas ici en qualité de Juif, mais comme Ambassadeur américain. Je ne m'adresse pas à vous au nom d'une race ou d'une religion, mais simplement au nom de l'humanité. » Des diplomates du Vatican en poste en Allemagne ont recueilli des informations sur l'extermination massive des Juifs de la bouche d'un officier SS, Kurt Gerstein, les pressant d'alerter le Pape Pie XII. Qu'ont-ils fait ? Qu'a fait le Pape ? Le saura-t-on si le Vatican ouvre ses archives ?

On connaît l'action salvatrice des émissaires diplomatiques du Japon à Vilna, Chiune Sugihara, de Suède à Budapest, Raoul Wallenberg, et d'autres encore. Le précurseur le plus éminent est le Consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa-Mendes. Contrarié, désavoué et sanctionné avec un acharnement rare par son gouvernement, ce diplomate exemplaire avait sciemment accompli le devoir de désobéissance. Il avait dit non à sa hiérarchie, serviteur d'une politique et d'un pouvoir criminels.

Aristides, diplomate exemplaire ?

Certes, car Aristides de Sousa-Mendes a démontré qu'un seul homme désarmé a le pouvoir prodigieux de faire échec à la politique des plus grandes puissances militaires.

Lucien Lazare Historien - Membre de la commission pour la désignation des Justes






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